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>> EXIT EXPRESS (SELECTION)

Liam Gillick
dans EXIT EXPRESS n°9, Fév 2005



"Texte court sur la possibilité de créer une économie de l’equivalence"
Exposition au Palais de Tokyo (Paris), février-Mars 2005

Dans la lignée des fascinés de l’esthétique tertiaire (Judd, Rehberger, Demand, Morris, etc.), Liam Gillick serait l’héritier tourmenté, le cérébral à l’imagination débordante mais légèrement dépressive, auteur fécond d’une science-fiction économico-ésotérique irrésolue entre nihilisme et utopie. La force et l’intérêt de son vuvre résident dans cette fascinante tension créée par des modélisations intellectuelles complexes réduites spatialement en formalisations résolument simples et séduisantes, proches d’un art minimal chic et pop.

Cette exposition, étape centrale d’un vaste projet articulé autour de la rédaction d’un nouvel ouvrage intitulé "Construccion de Uno" (en espagnol), opère le même type de projection. Le livre à paraître raconte la reprise en auto-gestion d’une usine automobile par des ouvriers décidés à en orienter l’activité vers la production d’idées plutôt que d’objets, commençant par des modifications topographiques (creuser des fenêtres, construire un paysage de montagnes), jusqu’au développement d’un nouveau système productif basé sur une "économie de l’équivalence." Au Palais de Tokyo, Gillick expose donc des structures abstraites et colorées, entre architectures et paysages artificiels, conçues à partir de motifs narratifs de son récit. Elles offrent alors une double lecture : sculptures autonomes à contempler ou extrusions métonymiques d’une narration sous-jacente. Palimpsestes.

Dans une visée réflexive, c’est possiblement une allégorie de l’histoire de l’art que dessine ce scénario. Un art qui a remis en cause la production objectale au profit de la création d’idées, dans un mouvement parallèle à la dématérialisation économique au 20e siècle (développement des services et de la tertiarisation), Mais en fait, comme l’illustre emblématiquement tout le travail de Gillick, cette, soit-disant, dématérialisation a engendré en retour une explosion de formes et d’objets nouveaux (étrangement similaires dans l’art, le design, l’architecture, la communication, la bureautique) agissant comme fétiches, aussi bien dans l’art que dans l’économie. Soit, d’un côté : produits d’une sublimation de l’activité industrielle. De l’autre : substitut refoulé à la disparition de la peinture et de la sculpture d’atelier. Navigant sur ce paradoxe d’une tertiarisation réifiante, Gillick jette constamment des passerelles entre fictionnalisation du réel et actualisation de la fiction (par exemple en recyclant une partie de l’exposition pour le décor futur d’un bar à Madrid) et, investissant les formes de l’art minimal d’un scénario trouble, développe comme une histoire secrète des objets et des matières.

Guillaume Désanges