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>> EXIT EXPRESS (SELECTION)

Michel Blazy
dans EXIT EXPRESS n°16, Dec 2005



Vanity case, 5 Novembre -24 Décembre 2005, Galerie Art:concept, Paris.

On se souvient de "La Vie des choses" (1997), impressionnante installation de l’artiste français Michel Blazy, qui avait transformé l’espace vitré du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris en une improbable serre "malsaine", des organismes végétaux proliférant sur les vitres comme des champignons. Irrespirable. Les bases du travail étaient là : travailler les conditions minimales nécessaires à la germination et à la pousse de végétaux banals (pommes de terre, radis, pois chiches, etc.) et laisser évoluer le tout dans l’espace de l’art. Une cosmogonie embryonnaire, chaotique et déficiente, questionnant à la fois l’essence vitale de l’oeuvre d’art et la salubrité de ses lieux de monstration. Une esthétique du lent pourrissement entre attraction et répulsion, frisant souvent l’abstraction formelle. Mais aussi une recherche fine sur le work in progress, l’irréductible inachèvement de l’art vivant, le tout vendu sous la forme de protocoles précis permettant de reproduire chez soi ces mini-écosystèmes. Do-it-yourself de la moisissure.

Jardinier-bricoleur volontairement amateur, Michel Blazy s’est quelque peu professionnalisé, et a su renouveler ses procédés. L’exposition à la galerie Art:concept éclaire une tendance à la maîtrise des formes vers la figuration : des caniches en résine recouverts de mousse à raser, un gisant et un crâne en biscuits pour chiens (en forme d’os) et viande de porc, des araignées en fils de fer et purée de légumes en phase de moisissure. Et surtout, dans une tradition éminemment classique, une nature morte en volume, magnifique drapé multicolore recouvert de légumes figés, comme glacés ou confits dans de la colle à papier peint.
Cette exposition, placée sous le signe de la vanité, rappelle finalement comment Blazy, artiste anti-naturaliste, ne joue pas la nature contre l’industrie, ni la vie des plantes contre la mort de l’art, mais pointe au contraire les troubles accointances entre le naturel et l’artificiel du monde, dans une logique de corruption et de déficience partagées. La mousse à raser, tout comme la vraie fourrure, doit être régulièrement toilettée. Les plantes, tout comme les produits manufacturés, se consomment elles-même, se désagrègent, produisent des déchets. Utilisant le végétal et l’organique non comme idéal emblématique de la santé, mais comme motifs d’une trouble représentation funèbre, voire eschatologique, Blazy renverse avec humour et subversion les bases idéologiques du "développement durable".

Guillaume Désanges