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>> La Verrière - Fondation d’entreprise Hermès, Bruxelles

Irene Kopelman. Chiral Garden / Jardin Chiral
La Verrière - Fondation d’entreprise Hermès, Brussels, 2013



Exhibition in the frame of the cycle "Gestures of the Mind",
La Verrière - Fondation d’entreprise Hermès, Brussels
From November 7th to December 14th, 2014.


Plante chirale

The “Chiral Garden” brings together the research from the Argentine artist Irene Kopelman on chirality. A singular phenomenon of asymmetry, particularly studied in biology, botany, chemistry and mathematics. All plants and objects presented here are affected by this similar organic growth phenomenon in one way or another, according to the principles and with consequences not yet fully understood by scientists. Renewing a kind of positivity amateur, scholarly but not expert, Irene Kopelman maintains ambiguity between scientific regime, statistics and fascinating aesthetics. This curious and fragmented collection is a link between the tradition of representation “from nature” the cabinet of curiosities and the readymade. More than the formal result, it appears that it is this programmatic association between forms that establishes the work, in a direct echo with its object of study (chirality) in terms of fruitful tension between necessity and contingency, determinism and arbitrary.


Il fut un temps, donc, où les modalités pratiques de la recherche scientifique étaient partagées entre experts et amateurs. Où l’opinion publique, le citoyen bourgeois, les représentants de la "doxa" étaient invités à participer aux progrès du savoir, dans des rôles de témoignages, de validations, de répétitions d’expériences, voire de missions opérationnelles. Aujourd’hui, alors que les laboratoires privés, le rationalisme citoyen, la chimie amusante et les cabinets de curiosités ont disparus, cette attitude d’amateur éclairé relèverait d’une douce originalité tant le champ de la science est circonscrit à l’expertise universitaire ou industrielle.

L’artiste d’origine argentine Irene Kopelman, fait partie d’une génération dont le positionnement face au savoir semble retrouver l’esprit de cette positivité amatrice fondée sur l’expérimentation individuelle, la recherche et l’observation. Une réappropriation de l’expérience cognitive de manière non experte, mais volontaire et passionnée. Réinvestissant la pratique classique de la représentation "d’après nature", l’artiste s’inscrit plus précisément dans la lignée scientifique et formelle des D’Arcy Thompson, Ernst Haeckel ou Karl Blossfeldt, et avant eux du naturaliste Carl Von Linné, qui ont basé leur recherches sur la notation, l’analyse et le classement des formes de la nature. Des taxinomies esthétiques avant d’être statistiques ou linguistiques, qui marqueront les bases de la biologie moderne.

Pour cette exposition individuelle à la Verrière, dans le cadre du cycle « Des gestes de la pensée », Irene Kopelman propose une production spécifique sous la forme d’une sorte de cabinet de curiosité appelé « Chiral Garden », qui rassemble ses recherches autour du phénomène de la chiralité. La chiralité (du grec ch[e]ir , qui signifie la main) est une propriété d’asymétrie que l’on retrouve dans diverses branches de la science : un objet est chiral s’il constitue l’image miroir parfaite d’un autre objet. Ce phénomène concerne la biologie (les mains), la chimie (certaines molécules), les mathématiques, mais aussi la nature, chez certaines plantes qui poussent parfois de manière inversée mais parfaitement symétrique. Dans cette installation, inspirée à la fois du mobilier des laboratoires de recherche et des musées d’histoire naturelle, l’artiste rassemble des dessins, peintures, encres, photographies, mais aussi plantes, animaux, documents et autres objets d’études empruntés dans des instituts scientifiques et jardins botaniques.

Ici, comme souvent dans son travail, ses relevés de la nature restent parcellaires, et n’ont pas valeur scientifique, ni même statistique. Car si le travail emprunte l’économie de l’investigation scientifique, il en oblitère les intentions spéculatives, reposant sur une sorte d’émerveillement quasi mutique pour ces formes chaotiques, fascinantes de complexité. Leur nécessité esthétique n’est pas tellement plus évidente : ils agissent plus comme des indices ou des preuves d’intérêt et d’activités que comme des compositions sculpturales ou picturales en soi. Plus que le résultat formel, il apparaît que c’est l’exercice même de ces associations, opérées de manière obsessionnelle et minutieuse, qui semble être l’objet du travail. C’est d’une démarche conceptuelle dont relève l’usage de ces procédés naturalistes et positivistes.
Réconciliant beaux arts et arts libéraux, opposant la rigueur de la raison pratique à la contemplation passive des beautés de la nature, les examens de Kopelman épousent les bases programmatiques de l’art conceptuel : décision, analyse, classement et répétition, comme chez Sol LeWitt ou Hanne Darboven. Un exercice de vanité statistique qui entend peut-être éclairer comment ces nomenclatures du savoir basées sur la ressemblance morphologique sont aussi une invention, une convention, et donc que les bases d’un savoir occidental qui s’est voulu universel sont issues d’un ordre qui reste arbitraire. Plus que d’un hommage à la nature, on retrouve donc chez Irène Kopelman cette précision à la fois vaine et sérieuse du copieur, ce goût du bricolage et de l’artisanat, cette tentation désespérée mais lucide d’organiser le chaos et cette élégance de l’esquive idéologique par le travail manuel. Autant de liens invisibles avec la pratique d’un Marcel Duchamp qui est la figure inspiratrice du cycle « Des gestes de la pensée » à la Verrière Hermès pour la saison 2013-2014.



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