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A Universal Exhibition (documentary section) / Une exposition universelle (section documentaire)
8th Biennale of Contemporary Art, Louvain-la-Neuve, Belgium, 2013



A project of Michel François & Guillaume Désanges, associate curator Mélanie Mermod.
Ottignie-Louvain-la Neuve, Belgium.
Exhibition from September 18th to November 17th, 2013.

A Universal Exhibition (documentary section), project for the 8th Biennale of Contemporary Art at Louvain-la-Neuve in 2013, takes the Universal Exhibitions organized since the 19th century as a reference. The exhibition consists of an arrangement of pavilions displaying images, objects, facts and documents, industrial and technological products, samples or reconstitution of objects and phenomena in the form of a contemporary cabinet of curiosities. As these mythical events, it’s about presenting and grasping a certain state of the contemporary world, revealing recent structures and anticipate upcoming developments. The same scale of ambition, both heroic and exemplary, drives this project.

But while these large exhibitions appeared as commercial and ideological marketing campaigns, praising the so-called latest wonders of modernity, the Universal Exhibition (documentary section) focus on the revelation of its hidden, repressed and secret faces. Here we celebrate the wrong sides, we address the complex, the illegal, the damned part of contemporaneity. It’s about tackling uncompromisingly a real so cruel that it has become abstract and fantastic. Stalking the aberrations of the world in which we live, its blind spots, that all make "images". So, this Universal Exhibition is more backside than frontside. It aims at showing an ideal stage invaded by its own backstage and a return of the repressed. It proposes to overlay the fiction of a civilization’s progress with the terror and vertigo of the present.


Un projet de Michel François & Guillaume Désanges, commissaire associée Mélanie Mermod. Ottignie-Louvain-la Neuve, Belgique. Exposition du 18 septembre au 17 novembre 2013.


Incendie du pétrolier Limburg au large d’Aden, recherche icono.

Présentation : Une Exposition Universelle (section documentaire), projet pour la biennale de Louvain-la-Neuve 2013, est un projet qui prend comme motif de départ et modèle les expositions universelles telles qu’elles étaient organisées entre le 19e et le 20e siècle. L’exposition est composée d’un agencement par pavillons présentant images, objets singuliers, faits et documents, pièces à conviction, produits industriels et technologiques, échantillons ou reconstitutions d’objets et phénomènes, sous la forme d’un cabinet de curiosité contemporain. Comme dans ces grands évènements mythiques, il s’agit de donner à voir et à appréhender un état du monde, en révéler les structures récentes et anticiper les développements à venir. C’est a priori une même échelle d’ambition, à la fois héroïque et illustrative, qui anime ce projet.

Le revers du monde :
Mais alors que ces vastes expositions s’apparentent à des opérations de communication commerciales et idéologiques à sens unique, vantant les dernières merveilles du monde, cette Exposition Universelle se focalise sur la révélation de ses faces cachées, occultes et refoulées. Ici, on célèbre l’in-célébrable, on aborde le complexe, l’illicite, la part maudite de la contemporanéité. Il s’agit d’apposer un éclairage sans complaisance sur un réel si cruel qu’il en devient fantastique et abstrait. Traquer les aberrations du monde complexe dans lequel nous vivons, ses points aveugles, qui tous font "image". Il s’agit donc d’une exposition universelle version plus backside que frontside d’une scène idéale envahie par ses coulisses, d’un retour du refoulé. Superposer la terreur et le vertige de l’existant à la fiction d’un progrès de civilisation.

En ce sens, l’exposition propose des anti-pavillons plus que des pavillons. Ils sont dédiés à des faits ou des phénomènes réels de revers, de retour en arrière, de stagnation, de prolifération incontrôlée, de développement non durable. Au menu : masse informe des échanges internationaux, commerce illicite, trafics en tous genres, peurs et phobies contemporaines, déchets matériels et intellectuels, mais aussi ralentissement, anti-technologies, bidouillage, débrouille. Un triomphe des labels de non-qualité. Le tout est fondé sur des phénomènes réels, documentés ou reproduits. Chaque thème est pris en charge par un pavillon particulier, qui présente une mini-exposition thématique, sans autre cohérence d’ensemble que celle de rendre compte métaphoriquement du monde d’aujourd’hui.

Cette biennale est fondée sur une collecte de faits, phénomènes ou objets à travers le monde, et donc met en avant le réel plutôt que sa représentation artistique. Bien que tous ces objets comportent leur part de séduction, de complexité et de mystère, ce projet prend donc à contre-pied le principe de biennale d’art contemporain en proposant de faire exposition à partir d’objets non artistiques. Dans le même temps, elle répond à l’idée d’un évènement donnant à voir, comprendre et penser de manière critique le monde contemporain.


Écoulement de boue, Brésil, 2011, recherche icono.

Exemples de pavillons
- Pavillon des nouveaux virus
- Pavillon de l’obsolescence programmée
- Pavillon des nouvelles catastrophes
- Pavillon de l’art
- Pavillon des nouvelles masses
- Pavillon de l’obsolescence des savoirs
- Pavillon des passe-murailles
- Pavillon de la nouvelle histoire naturelle
- Pavillon des nouvelles langues
- Pavillon de l’être et du paraître
- Pavillon de l’exclusion
- Pavillon du nouveau commerce
- Pavillon de l’automobile
etc.

Equipe :
Commissariat : Michel François et Guillaume Désanges /
Commissaire associée : Mélanie Mermod/
Direction :Vincent Geens /
Coordination : Elyane Clesse/
Assistante : Anaïs Lepage



(entrance)

alcool
Pavilion of Alcool


Werner Herzog’s "Lessons of darkness"

Pavillon des nouvelles masses

Dans la lignée de la pensée de l’écrivain Elias Canetti *, la masse fascine autant qu’elle effraie par sa monstruosité, sa puissance mais aussi sa volatilité. Elle est aujourd’hui plus que jamais l’échelle de la production industrielle, mais aussi par voie de conséquences, celle de la consommation et de ses déchets. Surpopulation, surproduction, surconsommation. Mais cette multitude est aussi une condition même de la vie. Comme l’explique le physicien Erwin Shrödinger, s’interrogeant sur la multiplicité à l’oeuvre dans la nature, l’incommensurable quantité d’atomes de la matière se justifie par la nécessité de diriger statistiquement le comportement d’une assemblée naturellement agitée et chaotique, afin de générer des phénomènes effectifs. Par ailleurs, la masse aborde indirectement l’idée du sublime, que Kant désignait comme ce qui apparaît disproportionné, ce qu’on ne peut embrasser ni du regard ni de l’entendement et qui reste donc informe, sauvage et terrifiant.

* Masse und Macht / « Masse et Puissance » (1960), traduction Robert Rovini, éd. Gallimard, coll.
Tel, 1966


Pavilion of New Masses


Pavilion of New Masses

Pavillon de l’être et du paraître

Les trafiquants rivalisent d’ingéniosité pour dissimuler leur marchandise, avec parfois des sophistications pour si peu de contenu qu’on pourrait y déceler sorte de fierté artisanale. Privilège de l’intelligence sur la morale, ces démarches sont quasi artistiques. Transformation de matières, illusion, dissimulation mais aussi des jeux de corruption perceptive, hérités de la tradition des fausses perspectives et du trompe-l’oeil. Unique au monde, la collection privée de « Madame Juana Marie », dont un échantillon est présenté ici, se compose de milliers d’objets à double fonction, conçu par ces ingénieurs de l’ombre. Une économie de moyens exemplaire et humble (puisque destinée à n’être jamais révélée) qui relève d’une dignité intellectuelle dans l’indigence matérielle.


Pavilion of "Etre & Paraître"


Pavilion of "Etre & Paraître"

Pavillon du contrôle (le jardin Zen)

Surveillance, contrôle et protection, autrefois le privilège des systèmes autoritaires, se sont largement « démocratisés ». L’espionnage civil bénéficie de l’association de la vidéo, de l’informatique et de la localisation satellite, et d’une sorte de caution morale depuis le 11 septembre. Un empire de la vision si prégnant qu’on hésite à le qualifier de victoire sur ou du terrorisme. Face aux nouvelles peurs, les solutions individuelles et collectives se multiplient, qui utilisent artefacts et trompe l’oeil. Tandis que la vidéosurveillance s’est généralisée dans les centres-villes, alarmes, caméras, micros, puces RFID, dessinent un nouvel urbanisme fondé sur un monitoring généralisé.


Pavilion of Control (Zen Garden)


Pavilion of Control (Zen Garden)


Pavilion of Control (Zen Garden)

Pavillon des flux invisibles

Le monde s’est mué en un foyer actif de nouveaux virus. Virus biologiques se propageant à vitesse accélérée via la multiplication des échanges. Virus informatiques comme armes dématérialisées de destruction massive. Virus économiques et financiers créant faillites en cascade et précarité instantanée. Dans tous les cas, mêmes sources troubles, même spontanéité, mêmes effets dévastateurs. Tout est connecté, les virus financiers (favorisés par l’informatisation des décisions) atteignent l’économie réelle, et finissent par avoir des conséquences sanitaires (suicides, maladies etc.). Comme le proclament David Stuckler & Sanjay Basu, « Chaque pays devrait créer une agence de la responsabilité sanitaire indépendante, composée d’épidémiologistes et d’économistes, qui serait chargée d’évaluer les effets des politiques budgétaires et monétaires sur la santé. » *
* David Stuckler & Sanjay Basu, “How Austerity kills”,
New York Times, 12 mai 2013


Pavilion of invisible flux


Pavilion of invisible flux

Pavillon de la qualité

La logique est simple : un produit se vendra d’autant moins qu’il dure dans le temps et n’a pas à être renouvelé. D’où le principe théorisé dès les années 1930 d’ « obsolescence programmée », qui préconise de produire des biens qui s’autodétruisent, afin de nourrir la consommation et soutenir la production. Travailler spécifiquement à faire moins bien, telle est le credo de cette nouvelle éthique industrielle, devenue normative : ampoules à durée de vie limitée, téléphones portables à renouveler tous les deux ans, imprimantes à puces programmant leur propre panne, etc. Retour d’un modèle biologique appliqué à l’ingénierie, à la différence que ces destructions programmées concernent la fonctionnalité mais pas la matérialité des objets. Un régime de l’accumulation plus du renouvellement
de génération.


Pavilion of Quality

Pavillon de l’histoire naturelle

Le trafic d’animaux est devenu le 4e marché illégal mondial, après les stupéfiants, la traite des êtres humains et les contrefaçons*. Ivoire, animaux sauvages, oiseaux rares, cornes de rhinocéros, viande, peaux et fourrures : c’est un marché en pleine expansion, mondialisé et très organisé, qui a dépassé l’échelle du braconnage de survivance. Le prix de la corne de rhinocéros a atteint la barre des 60 000 dollars le kilo, soit deux fois celui de l’or ou du platine, et a plus de valeur sur le marché noir que les diamants ou la cocaïne. Pour éviter les massacres, on empoisonne les cornes ou on les scie sur les bêtes vivantes, mais aussi, en prévision, on arrache celles des animaux empaillés dans les musées d’histoire naturelle. Des autocensures suscitées par le désarroi face à ces nouvelles formes de violences.
* source : rapport WWF, « Lutte contre le trafic
illégal d’espèces sauvages », 2011


Pavilion of Natural History


Pavilion of Natural History


Pavilion of Natural History


Pavilion of Natural History

Pavillon de la connaissance

On parle de pollution industrielle, lumineuse ou sonore, mais quid des déchets intellectuels ? Quid des recherches, théories et pensées abandonnées, des savoirs oubliés, cimetières des Humanités, du positivisme et de l’érudition ? Quid de ces masses vertigineuses de supports de la connaissance à l’heure d’Internet : échantillons et modélisations scientifiques, tableaux et cartes pédagogiques, kilomètres de pages imprimées, milliards de documents enregistrés dans des standards abandonnés ? Tous rendus un jour techniquement, scientifiquement ou idéologiquement obsolètes. Ces cadavres cognitifs, autrefois à la pointe du progrès, se meuvent en objets insolites hantant les archives du monde. Victimes muettes d’une « double peine » (qui touche leur contenu et leur matérialité), ces spectres renouvellent, de manière readymade, la tradition picturale des « Vanités ».


Pavilion of knowledge


Pavilion of knowledge

Pavillon de l’art

L’art est une marchandise qui n’échappe pas aux trafics : faussaires, vols, recel, pillages, spéculations et réseaux clandestins. Le marché officiel de l’art, quant à lui, a ses zones troubles et ses pratiques obscures. Misant sur la standardisation des goûts, de nouvelles filières légales apparaissent, qui s’efforcent de mécaniser et systématiser ce qui relevait jusqu’alors du geste unique de l’artiste, brouillant les frontières entre industrie, commerce, art et artisanat. Ainsi de Dafen, village chinois spécialisé dans les copies d’oeuvres d’art, qui livre via Internet des copies manuelles de chef-d’oeuvres à des conditions défiant toute concurrence, dont sont issues les copies de quelques oeuvres emblématiques de l’art moderne et contemporain présentées ici.


Pavilion of Art


Pavilion of Art

Pavillon du commerce

La loi de l’offre et la demande, magistrate du système libéral, s’applique aussi aux trafics de produits illégaux. Tout se vend et s’achète, particulièrement ce qui est interdit ou règlementé, donc rare. Drogues
médicaments, contrefaçons, animaux, alimentation, organes, composants chimiques, matières dangereuses, déchets, minerais : des marchés mondialisés, quoique invisibles, qui profitent des bienfaits de la libéralisation et du e-commerce. Chaque catégorie de produit a son revers dans l’économie clandestine, avec codes, prix et réseaux alternatifs. Comme dans l’économie légale, ces marchés sont soumis à des tendances, en fonction des innovations scientifiques et des nouvelles perspectives commerciales. Les frontières entre légalité et illégalité s’estompent : tel produit interdit est autorisé ailleurs, tel autre licite hier est illicite
aujourd’hui. Des matériaux prélevés en dehors du droit sont discrètement intégrés dans les circuits de production classiques : des branchements directs entre les profondeurs troubles et la surface du monde économique.


Pavilion of Trade (Aluminium)


Pavilion of Trade (Ivory)


Pavilion of Trade (Rare earth)


Pavilion of Trade (Kalashnikov)


Pavilion of Trade (Uranium)


Pavilion of Trade (Zamac)

Pavillon des passes muraille

A chaque bouclier sa faille, à chaque obstacle son contournement, à chaque frontière son tunnel. Face à la circonscription des territoires et au contrôle
des migrations, qui privilégient la mobilité des marchandises à celles des individus, on constate de nouvelles formes de fluidités, clandestines et artisanales. Un régime général de la percée, de la fuite et du débordement incontrôlables : tout un réseau complexe et fascinant de flux invisibles aux accents héroïques, pathétiques et tragiques.


Pavilion of "passes muraille" (Walking through walls)


Pavilion of "passes muraille" (Walking through walls)

Nouvelle tendance industrielle : après produire pour détruire (l’obsolescence programmée), aménager pour exclure. Contraindre les corps, les empêcher, les déplacer, telles sont les stratégies de ce que l’on a coutume d’appeler le mobilier « anti-SDF », ou « anti-jeunes », ou « anti-drogués », qui se développe dans l’espace public. Accès dangereux, inconfortables ou entravés, position couchée impossible, lumière partout (éventuellement bleue pour empêcher de voir ses veines), arrosage régulier, ultrasons uniquement perceptibles aux moins de 20 ans, : autant de manières créatives de surdéterminer l’espace public et empêcher son détournement, dans une logique de sadisme social discret.


Pavilion of Exclusion


Pavilion of Exclusion

Pavillon des catastrophes


Pavilion of Catastrophies

Pavillon de la régression

L’idéal d’un progrès linéaire des civilisations a nourri la modernité. Emancipation physique et intellectuelle, libération des moeurs, libertés individuelles, reconnaissances des différences, égalité sexuelle, furent les étapes, croyait-on, d’une course naturelle de l’histoire qu’on ne saurait stopper.


Pavilion of regression

Pavillon de mémoire refoulée

La célébration postmoderne du présent et de l’immédiat conteste les rapports de cause à effet et privilégie l’amnésie. Les débats récents sur les inégalités sociales, les identités nationales, les religions, le communautarisme ou l’immigration font emblématiquement
l’impasse sur un spectre tellement énorme qu’on ne peut plus le voir. Ce
trauma aux effets chroniques agit dans l’imaginaire collectif comme un cailloudans la chaussure. Scotomisation politique
ou Alzheimer généralisé ? L’héritage idéologique et structurel de
l’histoire coloniale, point aveugle dont les traces sont partout, continue de meurtrir de manière lancinante mais inconsciente le présent, tant que l’on
refuse de l’identifier et le dévisager.


Pavilion of Repressed Memory


Pavilion of Repressed Memory

Pavillon des nouvelles langues

Langage et communication suivent les évolutions des structures sociales en termes de mobilité, standardisation et bouleversements technologiques. Alors que disparaissent chaque jour des langues vernaculaires au profit de dialectes internationaux approximatifs (les « globish » à vocation commerciale), se créent de nouvelles langues à usage plus ou moins minoritaire, non plus liés à des zones géographiques mais à des champs sub-culturels qui ont transcendé les frontières. Langage SMS, leetpeak, chatspeak, langage des banlieues, codes des trafiquants, clandestins et terroristes, nouveaux argots. Deux exemples aux extrémités opposées du spectre sont présentés ici : la recherche désespérée d’un langage universel pour indiquer aux générations futures les zones d’enfouissement de déchets nucléaires et un « dialecte » de un à un, utilisant le corps et des chaussettes pour communiquer à distance entre le monde carcéral et l’extérieur. Deux simplifications radicales de la communication dans un régime de la nécessité et de l’urgence.


Pavilion of new languages


Pavilion of new languages

Pavillon du Darknet


Pavilion of Darknet

Pavillon des vanités


Pavilion of vanity


Pavilion of vanity

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